Metallica : ...And Justice for All (Album CD)
Bienvenue dans l'ère de la complexité. En 1988, Metallica livre un album qui allait redéfinir les limites du metal, marquant à la fois une prouesse technique inouïe et le début de débats passionnés sur la production sonore.
Pour tout critique musical, l'analyse de cet album commence nécessairement par le deuil. Après le décès de Cliff Burton en 1986, le groupe est à la croisée des chemins. L'arrivée de Jason Newsted insuffle une nouvelle énergie, mais le climat en studio est loin d'être serein. On sent dans chaque note de ce quatrième opus une rage froide, une tension presque palpable qui s'exprime par une technicité jamais vue chez les Four Horsemen.
Metallica décide alors de repousser les limites de la composition. Si "Master of Puppets" était l'équilibre parfait, cet opus est celui de l'excès structurel. Les morceaux s'allongent, les signatures rythmiques deviennent imprévisibles, et les textes s'assombrissent pour traiter de corruption judiciaire, de censure et de déchéance mentale.
C'est une œuvre qui ne cherche pas à plaire au premier abord. Elle impose son rythme, ses cassures et sa vision d'un monde en décomposition. En tant que collectionneur de CD, posséder cet exemplaire permet de replonger dans cette atmosphère si particulière de la fin des années 80.
Comment parler de cet album sans aborder le mystère de la basse ? C'est le point de discorde historique : Jason Newsted est pratiquement absent du spectre sonore final. Cette décision de mixage, souvent attribuée à Lars Ulrich et James Hetfield pour des raisons qui oscillent entre bizutage et choix esthétique délibéré, a créé un son unique.
Certains disent que cela donne au disque un aspect sec, percutant et clinique, parfaitement en phase avec le thème de la justice froide. D'autres y voient une erreur monumentale. Quoi qu'il en soit, ce "manque" contribue au mythe. Les guitares de Hetfield occupent tout l'espace, avec un gain massif et un creux dans les médiums qui est devenu le standard du son metal des décennies suivantes.
Écouter ce CD sur une installation de qualité permet de percevoir les minuscules fréquences restantes et de comprendre pourquoi, malgré ce défaut technique apparent, l'album conserve une puissance de frappe dévastatrice. C'est le son du thrash porté à son paroxysme intellectuel.
"One" n'est pas seulement une chanson ; c'est un séisme culturel. Pour la première fois, Metallica accepte le format vidéo, utilisant les images glaçantes du film "Johnny s'en va-t-en guerre". Le morceau lui-même est une épopée narrative. Il commence comme une ballade mélancolique, portée par un arpège d'une tristesse infinie, pour finir dans un chaos organisé de double pédale et de riffs syncopés mimant les tirs de mitrailleuses.
Le solo de Kirk Hammett sur "One" est souvent cité comme l'un des meilleurs de l'histoire du rock. Il capture parfaitement l'agonie du soldat blessé. C'est ce titre qui a propulsé le groupe dans une autre dimension, montrant que le metal pouvait être profond, politique et cinématographique.
La structure du morceau préfigure également ce que deviendrait le groupe : capable de marier des mélodies poignantes à une violence sonore absolue. "One" reste, encore aujourd'hui, le point d'orgue de leurs concerts et une raison suffisante à elle seule pour acquérir l'album.
Sur des titres comme "Blackened" ou "...And Justice for All", Metallica flirte avec le metal progressif. Les changements de tempo sont brusques, les motifs de guitare se croisent avec une précision chirurgicale. On est loin de l'urgence punk de "Kill 'Em All". Ici, chaque note est pesée, chaque transition est étudiée pour dérouter l'auditeur.
"The Frayed Ends of Sanity" ou "Dyers Eve" montrent un groupe au sommet de ses capacités physiques. La vitesse d'exécution, notamment sur la batterie d'Ulrich, atteint des records pour l'époque. C'est un exercice de style qui force le respect par sa rigueur.
Cette complexité a un prix : l'album est dense et demande plusieurs écoutes pour être pleinement appréhendé. Mais c'est précisément ce qui fait sa force sur la durée. Trente ans après, on découvre encore des subtilités dans les couches de guitares ou dans les textes ciselés de Hetfield.
Pourquoi acheter cet album en format CD aujourd'hui ? La réponse est simple : pour la fidélité de l'archive. Ce support reste le meilleur moyen de découvrir l'œuvre telle qu'elle a été pensée en 1988, avant les remasterisations excessives qui tentent parfois de corriger "l'erreur" du mixage original. Posséder l'objet, c'est respecter la vision artistique brute d'un groupe en pleine mutation.
Le CD offre également cette dynamique sonore que le streaming écrase souvent. Sur des morceaux aussi riches que "To Live Is to Die" — l'hommage instrumental à Cliff Burton —, chaque nuance de guitare acoustique et chaque envolée mélodique compte. C'est un voyage auditif qui nécessite une attention que seul le support physique peut réellement encourager.
De plus, l'iconographie de l'album, avec cette Lady Justice vacillante, symbolise une époque où le metal était le porte-voix d'une jeunesse en quête de vérité. En choisissant une édition d'occasion sur 2xmoinscher, vous participez à la préservation de ce patrimoine culturel tout en faisant un geste pour l'économie circulaire.
En conclusion, "...And Justice for All" est l'album de tous les superlatifs. Plus long, plus complexe, plus sombre et plus controversé que ses prédécesseurs, il marque l'apogée du thrash metal avant que Metallica ne prenne le virage plus accessible du Black Album. C'est un disque sans compromis, une épreuve de force qui reste, encore aujourd'hui, un étalon-or pour n'importe quel fan de musique extrême.
Que vous soyez un puriste de la première heure ou un jeune auditeur curieux de comprendre d'où vient la puissance du metal moderne, ce CD est un pilier. Il ne s'écoute pas, il se vit comme une expérience immersive, un cri de colère intellectuel qui résonne toujours avec la même pertinence dans notre société contemporaine.